14.02.2012
Amador, le nouveau film de León de Aranoa
Amador, depuis quand a-t-on besoin de parfumer les fleurs ?
Espagne 2011 – Un film de Fernando León de Arano avec Magaly Solier, Celso Bugallo, Pietro Sibille, Sonia Almarcha, Fanny De Castro
« Depuis quand a-t-on besoin de parfumer les fleurs ? »
Cette question de Marcela à son mari pourrait assez bien résumer l’absurde de sa vie. L’absurde et la vacuité qu’elle ressent.
Marcela est une jeune péruvienne et a la vie devant elle. Tout comme son mari et tous ses amis immigrés avec lesquels ils partagent le quotidien. Pourtant, rien n’est simple dans cette nouvelle vie qu’ils sont allés chercher dans un pays étranger. Même son couple bat de l’aile et si Marcela a décidé un jour de ne pas quitter son mari c’est parce qu’elle attend un « heureux événement »…
Lorsque le réfrigérateur de la maison, qui permet au couple de vivre de la vente des fleurs, tombe en panne, Marcela est obligée de trouver un travail d’appoint pendant l’été : elle s’occupera d’Amador, vieillard en fin de vie qui ne quitte plus son lit. Entre cet homme plein de picaresque et la timide jeune femme se tisse une relation toute en complicité et lorsqu’Amador devine le secret de Marcela – sa grossesse – celui-ci la rassure : son enfant aura une place dans ce monde, puisqu’il lui laisse la sienne et que la vie est comme un puzzle, il suffit de savoir poser la pièce au bon endroit.
Marcela ignore encore qu’elle va bientôt se trouver confrontée face à un dilemme moral de poids auquel elle ne pourra pas apporter de réponse si facilement…
Fernando León de Aranoa s’était rendu célèbre pour cinéma de type « social » et notamment pour son film Les Lundis au soleil qui raconte l’histoire de quatre ouvriers galiciens au chômage. Amador est fidèle à cette tendance, plusieurs problèmes y sont intelligemment abordés tout à la fois : la vie ou plutôt la survie des immigrés Latinos à Madrid, eux-mêmes plus privilégiés que les « nègres » qui travaillent pour eux ; le racisme qu’ils subissent tous ; la pénible fin de vie des vieux, plus ou moins abandonnés de leurs enfants ; et aussi, la solitude au sein du couple. En même temps le film dépasse de très loin la chronique sociale pour rendre avec poésie toute l'épaisseur voire la beauté du quotidien, mises en relief notamment par les gestes lents et la profondeur du regard de Marcela, et deux motifs qui servent de fils conducteurs et de riches métaphores de la vie et du destin, très habilement tissés : la fleur et le puzzle. On retrouve dans Amador un thème cher à León de Aranoa, le mensonge "pour la bonne cause", comme dans Princesas où une jeune fille dissimule à sa famille qu'elle se prostitue, et surtout Familia qui reposait entièrement sur la fiction familiale.
On remarquera dans ce film le rapport si typiquement hispanique à la mort, au macabre, et cette forme d'humour noir qui lui est si souvent liée : les gestes de Marcela s'apparentent à une sorte de veillée funèbre parodique, qui ne glisse jamais dans le grotesque, et les dialogues avec la vieille prostituée sont également savoureux.
On soulignera également l’excellent jeu des acteurs : Magaly Solier (Marcela) qui joue seule pendant une bonne partie du film sans jamais lasser le spectateur ; Celso Bugallo (qui incarnait déjà un Amador dans Les Lundis au soleil) dont les remarques sont pleines d’humour et de bon sens ; Fanny de Castro qui joue son rôle de prostituée sur le retour à merveille…
Mais la force première du film tient à l’originalité avec laquelle certains sujets sont traités (le racisme dont sont victimes les Péruviens n’émane pas forcément des « autochtones » espagnols mais parfois même de gens venus de leur propre pays : León de Aranoa ne tombe donc pas dans un écueil du lieu commun bien trop facile de nos jours) et surtout à son dénouement extrêmement inattendu, et assez génial : on s'aperçoit que les plus forts sont eux aussi victimes de la crise et qu'ils se retrouvent finalement avec les plus faibles dans la même humanité précaire et fragile.
Si Amador ne s’éloigne pas du genre de cinéma adopté par León de Aranoa, le réalisateur élargit aussi cette tendance : avec son film, il signe un hymne à la vie et à l’amour. Amador, « celui qui aime », va par sa mort permettre la naissance d’un enfant et l’éclosion d’une nouvelle fleur. La vie, la mort, le tragique et le comique se retrouvent et se conjoignent dans cette œuvre pleine de tendresse et de cruauté à la fois, en bref toute en humanité.
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01.07.2011
Chico & Rita, Passion et sensualité au cœur de La Havane des années 1950, sur des rythmes de jazz et de boléros
Un film d’animation de Fernando Trueba et Javier Mariscal, avec la collaboration du musicien Bebo Valdés — Espagne/Cuba, 2010 — 1h33
Goya 2010 au Meilleur Film d’Animation
Prix Cineuropa au Festival des Arcs 2010
Cuba, années 2000.
Chico parcourt les rues de La Havane d’un air détaché. Il déambule plus qu’il ne marche. De fait, il accomplit, avec résignation, les mêmes gestes auxquels il s’est habitué, en homme solitaire. Sitôt rentré, il allume la radio…
Le son de quelques notes et le doux fredonnement d’une voix le projettent de nombreuses années en arrière.
En 1948, Chico n’avait rien de cet être hagard qui l’habite désormais : pianiste talentueux, il écumait les soirées avec son meilleur ami et représentant.
Rita, elle, était chanteuse : c’est lors d’une de ces soirées que Chico croisera son regard de panthère et qu’il succombe au timbre de sa voix. La finesse de ses traits et la sensualité de ses formes ne sont pas étrangères, non plus, au charme qui semble s’exercer sur lui.
Préférant les paillettes et le succès de Broadway à son propre amour, Rita quitte son île pour rejoindre New York, mais Chico ne pourra vivre trop longtemps sans elle et devra alors faire face à un manager jaloux et trop possessif.
Couples qui s’aiment à la folie tout en se détestant, ou qui n’arrivent pas à se l’avouer, sacrifices, trahisons, ruptures, réconciliations, cœurs brisés, départs, retrouvailles et happy ends… L’industrie cinématographique regorge de ce genre d’intrigues, toutes de plus ou moins bonne qualité.
Mais dans son film, Fernando Trueba atteint un degré de perfection sans égal.
Chico & Rita n’est pas une banale histoire d’amour, c’est également un hommage à un pays et à la musique de son temps. Cuba et le jazz occupent, dans Chico & Rita, un rôle tout aussi primordial, voire plus important, que les personnages eux-mêmes. On y devine également un très subtil tableau des questions politiques et socio-économiques de l’époque sans pour autant tomber dans un réquisitoire ou dans une analyse historique du contexte.
Grâce à l’habileté et à la plasticité du graphisme, au choix de la bande sonore et à l’agencement des séquences, les auteurs de Chico & Rita signent un film d’une grande originalité, tout en finesse, fort en poésie et haut en couleurs : comment ne pas se laisser envoûter par l’érotisme de certaines scènes, par ces musiques si entraînantes, par ces paysages témoins d’un temps et de toute une société ?
Le spectateur se retrouvera avec plaisir dans un décor inconnu dont il soupçonne en même temps qu’il n’a pas pu être créé de toutes pièces. Les rues de La Havane ont été dessinées d’après les photos d’archives que F. Trueba et J. Mariscal sont allés consulter sur place.
Il s’étonnera peut-être de la gestuelle des personnages. L’aisance avec laquelle ils bougent trahit un effort pour leur conférer une allure la plus réaliste possible : les réalisateurs ont d’abord tourné avec des acteurs pour s’imprégner de certains mouvements, de certaines démarches pour en faire des êtres « animés ».
Il appréciera également de croiser la figure de Charlie Parker ou encore de Dizzy Gillespie, de Chano Pozo (premier percussionniste cubain à avoir intégré un groupe de jazz), de Nat King Cole et de Ben Webster. Mais il s’en délectera d’autant plus qu’aucune des chansons interprétées ne lui sembleront connues… Et pour cause : elles ont été, pour la plupart, composées exprès pour le film par Bebo Valdés !
Entendons-nous : oui, il s’agit bel et bien d’un hommage à la musique des années 1940-1950 et en particulier aux artistes de La Havane. Mais cela ne supposait pas de reprendre les « classiques » de chacun de ces musiciens, pour Fernando Trueba : et c’est peut-être l’une des clés de la réussite de sa bande sonore, rendre la richesse et la beauté de cette musique sans tomber dans des redites ou dans une compilation que l’on aurait pu juger trop facile.
La genèse du film
Le réalisateur de Belle Époque, pour lequel il avait reçu l’Oscar du Meilleur Film Étranger en 1994, avait déjà réalisé un film documentaire sur le Latin Jazz en 2000 : Calle 54.
L’idée d’un long-métrage sur la musique cubaine des années 1940-1950 lui est venue quelques années plus tard, en 2004, et il a voulu s’entourer de ses proches et meilleurs collaborateurs pour mener à bien le projet : Javier Mariscal, dessinateur espagnol, célèbre père de « Cobi » et de « Twipsy », les figures représentatives des Jeux Olympiques de Barcelone (1992) et de l’Exposition Universelle de Hanovre (2000) respectivement, et Bebo Valdés.
Le personnage de Chico est librement inspiré de la vie de ce musicien cubain né en 1918, qui a quitté La Havane pour la Suède en 1960, après la révolution de F. Castro, où il a vécu dans le plus grand anonymat jusqu’à son retour sur scène trente ans plus tard. Depuis les années 2000, Bebo Valdés a enregistré une dizaine de disques, tous récompensés par des Latin Grammies, et un concert filmé par F. Trueba, Blanco y Negro, dans lequel il joue avec le danseur de flamenco Diego « El Cigala ».
Fernando Trueba a également pu compter dans son film sur la participation d’Amadito et Idania Valdés, fils et fille de Bebo, pour interpréter les voix de Tito Puente et Rita, ainsi que d’Estrella Morente, star du flamenco qui prêtait sa voix à Penélope Cruz dans Volver (Pedro Almodóvar), pour son propre rôle.
Lire le portrait de Fernando Trueba sur le site de Cinespagne.com
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06.03.2011
Rellotge d'emocions (Horloge d'émotions): le dernier disque de Raimon

Traduction d'après le texte de présentation publié sur le site de PICAP
Ce fut en 1997 que Raimon publia son dernier disque composé de chansons inédites et en 2000 qu’il publia pour la dernière fois une chanson inédite enregistrée dans un studio : elle se trouvait dans la Nova Integral 2000 qui sera bientôt retiré du marché. Au cours de cette dernière décennie Raimon a publié plusieurs disques enregistrés en direct, le plus remarquable étant celui qu’il a gravé en 2006, lors de son passage à l’Olympia, et qui comprend quelques nouvelles chansons.
Mais ce ne sera qu’en 2011 que nous pourrons goûter un nouveau disque, composé intégralement de chansons inédites et enregistré dans un studio. Un disque qui doit être l’un des plus importants de la carrière du chanteur de Xàtiva, un retour sur sa vie, plein d’émotions, et de sensations empreintes de vitalité, de revendications, de tendresse et d’éclat.
Raimon présente son disque le 15 janvier 2011.
Le 28 janvier, il sera investi Docteur Honoris Causa par l’Université d’Alacant.
Le dimanche 6 février, nous pouvons écouter quelques unes de ses nouvelles chansons à travers TVC (chaîne de télévision catalane), le Canal 33 ayant programmé une partie du concert que Raimon avait offert à sa ville de Xàtiva en mai 2010 et au cours duquel il chantait pour la première fois certaines chansons de son dernier disque.
Le vendredi 18 février, il présente son disque en concert à Madrid, au Teatro de Madrid a La Vaguada.
Les prochains 18, 19 et 20 mars il le fera à Barcelone, au Teatre Tivoli.
Mais c’est depuis le mois de février que nous pouvons profiter de ces nouvelles chansons [dont certaines traductions ont déjà été publiées sur ce blog] à travers son CD, l’un des plus importants de l’année 2011 et, sans doute, le plus attendu.


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22.01.2011
Vies parallèles
Un film de Henry Colomer, produit par Saraband Films,
sera diffusé sur les antennes de France3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon,
le 29 janvier à 15h20

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20.09.2010
Le Songe de la lumière, misère et splendeur de la création artistique.
Ni tout à fait réalité, ni tout à fait fiction, une quête de la lumière à travers l’expression créative…
Un film de Víctor Erice avec Antonio López, Enrique Gran, María Moreno, José Carretero, María López, Carmen López.
Espagne. 1991. 2h13min. Sortie cinéma le 22 septembre 2010, sortie DVD le 8 septembre 2010.
Prix du Jury au Festival de Cannes 1992.
« Pour faire le portrait d’un oiseau », disait Prévert.
Et pourquoi pas celui d’un cognassier ?, a pu penser Antonio López (Tomelloso, 1936), ce peintre souvent rattaché à l’hyperréalisme espagnol et à la génération de l’« École Madrilène », dont l’œuvre à été couronnée par le prix « Príncipe de Astúrias » en 1985.
Ceux qui ont déjà eu le plaisir de découvrir Poetry, tomberont inéluctablement sous le charme du Songe de la lumière.
Fruit « d’un coup de tête », selon ce dernier et le réalisateur espagnol Víctor Erice, ce film a tout d’abord été qualifié de documentaire : en effet, le spectateur y trouve le quotidien de l’artiste pendant la création de son œuvre dans une maison apparemment écartée de la ville, et pourtant située au cœur de la capitale espagnole.
Jour après jour, pendant près de deux mois, dans un cadre où tout, y compris les feuilles de l’arbre, est mesuré au millimètre près, la caméra suit les gestes du peintre.
Celui-ci désire réaliser un tableau et prend le cognassier comme modèle : ce n’est pas tant la lumière du jour qu’il souhaite saisir, mais celle que libère le cognassier et, avec elle, le souvenir de toute une enfance.
La mise en place de tous les instruments servant le processus créatif nous plonge dès le début dans une sorte de rituel, une cérémonie à laquelle Antonio López se consacre avec le plus grand dévouement, agissant à la fois en bon géomètre et en bon architecte. Son travail nous est montré à travers un style épuré, avec une extrême précision et beaucoup de délicatesse : on sent, derrière ce décor dépouillé de tout artifice, la volonté d’effacer autant que possible la présence de la caméra.
Cependant, il est aisé de deviner dans cet effort la maîtrise d’un art aussi subtil que la peinture : le jeu sur les différentes perspectives, sur la (dis)symétrie et les lignes de fuite, à maints égards proche de la technique d’Ozu, fait plonger le spectateur dans un ravissement semblable à celui du peintre.
Le Songe de la lumière n’a rien d’un reportage télévisé ou d’un documentaire au sens formel du terme. Et bien qu’à aucun moment on ne ressente la trace du moindre scénario, les frontières entre ce genre et la fiction restent très floues. Les protagonistes se livrent à nous avec naturalité, et ne semblent obéir à aucune norme dramatique : si les dialogues sont rares, c’est bien parce que le réalisateur entend faire primer le pouvoir évocateur de l’image.
Notre regard est sollicité, constamment, à travers les multiples prises de plan ; l’évocation de l’espace et du temps réel ainsi que l’exacerbation des sens jouent également un rôle primordial.
De même, le contraste entre le temps personnel des protagonistes (les visites de parents et amis ou les conversations des maçons) et le temps universel (les nouvelles données à la radio ou la météorologie) laisse libre cours à une réflexion sur l’être humain et son rapport à la nature : dès l’automne, celle-ci reprend le dessus sur l’œuvre d’Antonio López et l’oblige à renoncer à son tableau. Aussi, va-t-il récidiver dans sa tentative, changeant de méthode — le crayon se substitue à la peinture —, toutefois, conscient, qu’il lui sera désormais impossible de capter cet instant magnifique où le soleil illumine le cognassier. L’arrivée du printemps annonce quant à elle l’idée d’un éternel recommencement sur lequel l’homme ne peut agir et les fruits, blets, restés par terre, cèdent leur place aux bourgeons qui percent déjà.
Modèle à son tour, pour le tableau que réalise sa femme, María Moreno, l’artiste peut espérer atteindre enfin son objectif… à travers le rêve ! Et pour cela, le réalisateur fait à nouveau appel au jeu sur le clair-obscur : le jour/la nuit, image positive et négative d’une caméra vidéo dont l’ombre se profile sur notre écran, lumière naturelle (du soleil, de l’arbre) et artificielle (les téléviseurs)…
Mêlant habilement des touches d’humour à de profondes méditations sur l’homme, Víctor Erice atteint le sublime grâce à la finesse et à la perspicacité de son art. Filmant toujours avec retenue des scènes « banales » de la vie de l’artiste, il parvient à nous offrir deux heures de pur émerveillement, un prodige du cinéma espagnol sur un thème qui lui est cher : la fugacité et l’esprit insaisissable du temps.
A propos des suppléments DVD
Scènes coupées : Si l’une des scènes les plus savoureuses du film est la critique du Jugement dernier de Michel-Ange par les deux peintres — Antonio López et Enrique Gran —, celle où ils parlent des Ménines n’en est pas moins dénuée d’intérêt. Les artistes s’attardent à contempler la reproduction du tableau, émettant plusieurs hypothèses sur sa composition : mais où était donc placé Velázquez ? Puis leurs commentaires se portent très vite sur le savoir-faire et la technique d’Antonio López : son obsession de l’ordre et de la mesure afin de pérenniser l’état de la nature à un instant précis. Cette conversation trouvera son prolongement dans celle du peintre avec les amis venus lui rendre visite et qui s’entretiennent sur l’échafaudage construit autour de l’arbre.
Au-delà, c’est sans doute le regard porté sur la représentation de Velázquez – et de Michel-Ange dans le film — qui doit, ici, attirer toute notre attention : car Le Songe de la lumière peut également être conçu comme une double mise en abîme, celle du tableau et celle du film. S’il est plausible de considérer le premier comme le moteur du second, l’inverse est tout aussi vrai : la caméra se place ainsi, dans les dernières séquences, sur les mêmes repères que les pieds de l’artiste. Le caractère à la fois contradictoire et complémentaire des deux procédés créatifs – l’un relevant de l’art manuel, l’autre de la technique – agrandit davantage encore notre champ de vision et peut conduire notre réflexion jusqu’à l’infini.
Entretien avec Cayetana Guillén-Cuervo (dans « Versión española » - Version espagnole, TV2) : Dans son émission du 16 novembre 1992, la célèbre journaliste et actrice espagnole rencontre Antonio López et Víctor Erice avec lesquels elle parle longuement du film. Au cours de cet entretien surgissent les principales difficultés auxquelles se sont heurtées le peintre et le réalisateur, mais, surtout, y sont abordés leurs sujets de prédilection — le passage du temps, la liberté de l’artiste qui ne se doit plus à un mécène et jouit du droit à renoncer à son œuvre, la différence entre lumière naturelle (du fruit, et plus proche de la vérité) et artificielle (de la caméra, qui pourrit le fruit), le cycle de la vie (les moments de splendeur, puis la décomposition)… Le choix du décor, l’élaboration du scénario, le défi premier des deux hommes – que le « spectateur réapprenne à regarder pour ainsi pouvoir apprendre à travers les yeux » (Víctor Erice) — et la manière dont ils ont su relever le défi, y sont également passés au crible.
Cet article a également été publié sur le site internet de l'association Cinespagne.com, qui nous propose à travers des interviews, des dossiers thématiques et autres articles toute l'actualité du cinéma espagnol
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